Ces derniers mois, l’agrivoltaïsme, ce procédé qui combine fermes solaires et exploitation agricole des sols, prend son essor en France. Des expérimentations inédites sont lancées pour faire la preuve de la pertinence de ces projets qui pourraient participer à une relance du photovoltaïque, tout en protégeant les cultures et en offrant un complément de revenu aux agriculteurs.

Juin 2021 : création de France Agrivoltaïsme pour structurer la filière. Janvier 2022 : le Sénat adopte une résolution pour inviter le gouvernement "à lever les freins législatifs et réglementaires au développement de l’agrivoltaïsme". Mars 2022 : l’Association française de normalisation (Afnor) lance un label dédié pour ce type de projet. Avril 2022 : l’expert en développement photovoltaïque TSE annonce le lancement de dix expérimentations pilotes sur des cultures variées. De leur côté, Qair et Sun’Agri, pionnier du secteur, annoncent un rapprochement pour développer l’agrivoltaïsme piloté. Bref, la dynamique est enclenchée.

Carrefour

Et pour cause. L’agrivoltaïsme s’insère au carrefour de trois problématiques majeures : développer les énergies renouvelables sans rogner sur les terres agricoles, offrir de nouveaux débouchés économiques aux agriculteurs et éleveurs dont 26% vivent sous le seuil de pauvreté selon les chiffres de l’Insee, et protéger les cultures des stress et sinistres liés aux effets du réchauffement climatique. Pour cela, il ne s’agit pas simplement de poser des panneaux photovoltaïques au milieu d’un champ, mais bien de mettre en place un dispositif spécifique et adapté, permettant la poursuite normale de l’activité agricole.

Adaptation

À quoi ressemble donc un agrivoltaïsme vertueux ? Les projets portés par TSE et l’alliance Qair/Sun’Agri en esquissent les contours : des panneaux solaires suspendus à plusieurs mètres au-dessus du sol pour limiter l’emprise au sol et permettre le passage des engins agricoles et un pilotage intelligent de l'orientation de ces panneaux pour moduler l’ensoleillement, optimiser la photosynthèse, protéger contre la grêle, réduire l’évapotranspiration afin de limiter le stress hydrique… Les premières expérimentations laissent présager une augmentation du rendement des cultures pouvant aller jusqu’à 20% ! Comme le notaient les professionnels du secteur, mais aussi des élus locaux et acteurs du monde agricole dans une tribune parue en octobre dernier : "Le gel dévastateur du printemps, mais aussi les canicules répétées des deux derniers étés, ont montré, s’il en était besoin, l’urgence de mettre en place des solutions d’adaptation pour l’agriculture. L’agrivoltaïsme, justement proportionné aux besoins de l’exploitation agricole, en fait partie". À titre d’exemple, Sun’Agri estime que sa solution permet de baisser de 5 degrés la température en période de canicule et au contraire de l’augmenter de 1 à 4 degrés durant les épisodes de gel.

Accélération

Des belles promesses qui n'ont pas laissé de marbre le gouvernement, qui a fait de la filière un élément important de sa stratégie énergétique. "La place donnée à l’agrivoltaïsme dans la stratégie énergétique française 2050 présentée par le président de la République est une consécration dont France Agrivoltaïsme se félicite puisqu’elle hisse l’agrivoltaïsme au statut de filière à part entière. Cette première étape doit maintenant être confirmée par des adaptations réglementaires et législatives qui garantissent le développement d’une filière équitable, responsable et durable", se félicite Antoine Nogier, président de France Agrivoltaïsme et de Sun’Agri. Reste à multiplier les projets pour faire la preuve de leur impact positif sur les différents types de culture et à convaincre les agriculteurs de se lancer. Mais avec de tels arguments en sa faveur, la machine agrivoltaïque semble bel et bien lancée.

Antoine Morlighem

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